Je vous vois venir : un nouvel article dans cette catégorie, Ô non, elle va encore nous parler de télé.
Même pas vrai.
Déjà Dead, c'est le premier roman de la lignée à succès de Kathy Reichs. Si ce nom vous dit quelque chose, c'est sûrement parce qu'il figure au générique d'une certaine série appelée Bones : Temperance Brennan, c'est elle !
Ayant déjà vu la série, étant assez fan, il est certain qu'il est difficile de ne pas oser les comparaisons. Au début du bouquin, quand on nous décrit au fil des lignes les personnages, impossible de ne pas essayer de trouver l'alter-ego télévisuel de chacun. Ce qui n'est pas toujours très probant, il faut l'avouer.
Je dirais qu'il faut considérer ces livres et la série comme deux univers différents, puisqu'à part les corps et le nom du personnage principal, il y a peu de choses en commun.
Alors c'est parti pour mes impressions au sujet de Déjà Dead.
Ce qu'il faut savoir, et ce qui est un peu surprenant au début du bouquin, c'est que Tempe dans les livres, bosse au Quebec. Il faut donc s'adapter aux systèmes de police dont on a jamais entendu parler (leurs équivalents de la Criminelle, du FBI, etc.), de quartiers inconnus au bataillon, et bien sûr, de quelques mots de vocabulaires made in Quebec.
Au début, je ne me sentais pas forcément à l'aise avec tout ce tarbenac, et ces dialogues ponctués de 'chris' partout où les amerloques nous poseraient des 'damn', 'fuck' et autres douceurs. Il faut aussi dire que les insultes vont plutôt bon train, et que les personnages n'y vont pas par quatre chemins pour dire ce qu'ils pensent : de même, dans les premiers chapitres, ça reste étonnant. Comme tout, on s'y fait.
Ceci dit, je pense qu'en VO tout ça fait bien sûr plus naturel. Autre joie de la version originale du bouquin, à mon humble avis, les passages du français à l'anglais ; rappelons-nous qu'au Québec (à Québec ?), les gens parlent couramment l'un comme l'autre, mais chacun avec sa petite préférence. Ils peuvent commencer une phrase dans une langue et la finir dans l'autre : je suis certaine que rien que pour ça, la VO ne manque pas de fraîcheur.
L'autre petit détail dont il faut tenir compte c'est le fait que le première livre de la série des "Temperance Brennan" date de 1997. L'histoire, elle, se déroule en 1994. Ainsi, pas la peine d'espérer les voir sortir leur portable, de mémoire, je n'ai même pas lu ce mot une seule fois dans tout le bouquin ! Ça passe inaperçu pendant un bon moment jusqu'à celui où il y aurait vraiment besoin d'appeler quelqu'un et que ça nous démange de lui crier dessus de sortir son portable ; là on se rappelle ^^
Ces petits détails, j'avoue, peuvent mettre un peu mal à l'aise, si bien qu'au début on a du mal à juger du style de l'auteur : j'ai eu assez de mal à me décider de savoir si oui ou non j'aimais le style de Kathy Reichs, et si oui ou non après celui-ci, je me ferai les bouquins suivants.
Réponse : Oh que oui.
Finies les hésitations, quand on se plonge dans l'histoire, la culture, et la mentalité des personnages, on se sent comme à la maison.
C'est un thriller, on nous balance des images violentes, ce n'est pas pour les enfants, c'est assez trash par moment, mais la narration par Tempe, qui nous livre ses pensées et sentiments sur l'enquête, sur ses collègues, ses amis, sa famille, Tempe qui nous parle de ses vices et de ses angoisses, Tempe qui nous évoque ses frustrations, Tempe et son humour sarcastique, ça permet d'apprécier à 100% toute l'enquête.
Le danger principal, d'après moi, dans ce bouquin, c'était de plonger directement le personnage principal au centre d'une affaire. L'énorme risque c'est bien sûr de tourner la jolie trentenaire en Marie-Sue, et j'ai moi même fortement grimacé en lisant qu'elle était en danger jusqu'au cou.
Ce qui sauve l'affaire ? Ce qui ne la transforme pas en fille parfaite ? Ce qui fait que j'ai fini le bouquin en me disant que j'aime ce personnage ?
Jsais pas encore. Sûrement ses faiblesses si humaines, sûrement ses coups de gueule contre ses collègues ou ses amis, son caractère de chien, sûrement sa rage de se battre, sa curiosité, ce qu'il y a de sombre en elle, ses inquiétudes, mais aussi sa manière de temps à autre, de se raccrocher à des détails futiles ou innocent qu'elle nous rapporte, comme le confort restreint d'être assise sur un bloc de ciment, ou encore les yeux bleus acier d'un de ses collègues.
Même si le début me laissait un peu sceptique, Tempe m'a embarquée avec elle dans son histoire de dingue - et c'est vraiment le cas de le dire.
On y parle, bien sûr d'enquêtes, on y parle de meurtre, de perversion, on y parle de l'alcool, de la prostitution, de divorce, d'ados, de vieux amis ou encore d'obsession et un petit peu d'amour. On y parle des méchants, des gentils, des victimes, des tueurs, des gens normaux, on parle de ceux qui meurent, et de ceux qui restent.
Et une des choses que je retiendrais de ce bouquin, c'est une fois de plus le moment si captivant où on en comprend le titre. Déjà dead.
Au delà des simples mots, la seconde dimension du titre se comprend entre le milieu et la fin de ce pocket de 542 pages. Et ça nous laisse avec une certaine pointe d'émotion.
Je dirais que c'est essentiellement une histoire de recherche, d'enquête, d'homme à prendre, et aussi d'angoisse. On y trouve cette angoisse et cette adrénaline que l'on partage avec le personnage principal, et aussi parfois la frustration face à ce qui l'entoure.
Dire que j'ai été émue serait faux, je n'ai pas versé de larme ou gémit de douleur comme avec un Coben. Mais ce n'est pas pour autant qu'il ne s'agit pas d'une bonne histoire, avec des personnages qu'on apprécie, d'autre qu'on déteste, certains même qu'on aime détester, un bouquin avec des surprises et des sursauts, avec beaucoup d'humanité, et un bouquin qui donne envie surtout de lire les six suivants.


