Dans ce genre de situation,
Les gens comme moi se posent des questions qui servent à rien. Des questions existentielles, sur la vie, la mort, le passé, le futur, le présent des fois, le destin souvent, la fatalité, dieu, la religion, la culture, l'amour, la famille, la haine, la colère, le pardon, l'indifférence, la différence, la volonté, les choix, les voeux, les souvenirs, ce qu'on a, ce qu'on aurait voulu avoir, ce qu'on espère avoir un jour et ce qu'on souhaiterait oublier, et tout un tas d'autres trucs cons et humains à la fois.
Les gens comme moi ont un caractère de merde, pas trop en surface, mais quand on creuse un peu et qu'on aperçoit les mauvais jours, on se rend compte à quel point les gens comme moi sont chiants des fois.
Ils ont une sensibilité puissance dix mille, du genre à chialer devant la télé en regardant
"ça cartoon", mais la force de tenir le coup dans des situations catastrophiques.
D'accord, j'exagère pour
ça cartoon.
Les gens comme moi sont des emmerdeurs de première, des optimistes jusqu'au bout, des "tant qu'y'a d'la vie y'a d'l'espoir", des gens qui tiennent le coup pour ceux qui lâchent prise, pas par force personnelle, mais pas volonté de préserver l'autre. Les gens comme moi sont du genre à se battre comme des forcenés quand vous leur dites que vous en avait plus rien à fouttre de la vie, de l'avenir, de la Terre et du cosmos, et vous promettent de venir vous fouttre des coups de pieds au cul jusqu'en enfer si vous osez mettre un pied de l'autre côté. Les gens comme moi, quand vous êtes à la place de celui qui baisse les bras, sont que des putains d'égoïstes dont on rêve de se débarrasser et qu'on insulte à tours de bras.
Et qu'on remercie plus tard, quand ça va mieux, quand on ouvre les yeux.
Les gens comme moi on une confiance stupide, naïve, et infondée en l'avenir, ce sont des optimistes maladifs, qui sont tristes quand il le faut, mais qui ont toujours foi en cette phrase à la con qui dit "tout s'arrangera". Les gens comme moi croient pourtant pas spécialement en un divin mystique qui aurait tracé toutes nos destinées sur un bout de cahier de brouillon, juste au fait que certaines choses arrivent parce qu'elles le doivent, que ce qui nous tombe dessus nous aide à nous relever, et qu'une fois debout pour nous abattre, il faut mettre les bouchées doubles. Les gens comme moi croient que la douleur nous fait mal, nous brise, nous pourrit l'existence, nous donne l'impression de pisser le sang jusqu'à être saigné à blanc, gelé de l'intérieur, mais ils croient aussi qu'une fois qu'on envoie valser cette saloperie de souffrance qui veut nous abattre, une fois qu'on envoie sur les roses tous les enfoirés qui aiment nous voir à terre, une fois qu'on est debout sur nos pieds, alors la douleur nous forge, nous apprend, sur le monde, sur la vie, sur nous même, elle nous fait voir les choses différemment, nous fait grandir.
Mais les gens comme moi savent aussi que quand l'heure est venue, le meilleur est de cesser de souffrir. Ils croient que quand tout est perdu, alors autant que tout finisse vite, quand pas une once d'espoir ne se profil, quand la foi, la science, la prière, ou les forums en ligne ne peuvent plus rien pour vous, il faut se laisser aller à un repos mérité, un repos éternel, parce que qu'il y ait un après ou non, la douleur, elle, elle s'arrête.
Et on est libre enfin.
Les gens comme moi ne baissent vraiment les bras que quand tout est terminé.
Et comme ce sont des enfoirés qui passent leur temps à faire la morale aux autres, et remonter leur bonus d'humeur, les gens comme moi après le deuil, remontent la pente un jour où l'autre, parce que ça serait le comble de l'hypocrisie de se laisser aller après avoir demandé, même ordonné, aux autres de se battre.
Les gens comme moi éprouvent souvent le besoin de parler, de dire les choses, et parfois pas l'occasion, ou le cran, ou la voix, alors du coup ils écrivent les trucs sur une page blanche, comme ça au moins, ils sont dehors.
Les gens comme moi sont flippés à l'idée de revoir des visages, des gens, connus ou inconnus, qui sont tristes pour eux, à la limite de la pitié ; les gens comme moi sont flippés à l'idée de revoir les visages des hypocrites, des sales enfoirés, des vautours qui pillent déjà les coffres avant que la clé ne soit mise sous la porte, ces hyènes qui vous dévorent comme si vous n'étiez que charogne. Ils sont flippés de ça parce qu'un jour, ils savent qu'ils péteront un cable et balanceront en pleine face leurs quatre vérités à ces perfides là, mais ce jour là, ça ne doit pas être celui-là.
Les gens comme moi se sentent mal quand ils oublient le temps d'un instant, quand les pensée sombres disparaissent, quand ils se rendent compte qu'ils sont occupés à autre chose, qu'ils se sentent sourire pour des idioties, qu'ils rient même des fois pour presque rien, ils se sentent mal, voilà.
Ils attendent juste que les choses passent, parce qu'elles finiront par se passer, ils se montent juste un moral d'acier, se serrent les coudes, respirent une bonne fois, ils ferment les yeux et ils espèrent que tout sera bientôt terminé, pour que tout puisse recommencer.
Les gens comme moi, je suis pas sûre que y'en ait des tas.
Mais y'a déjà moi, et chiante comme je suis, je compte au moins pour deux.
[icone par moi]
Tags : a day in the life, frackin' mood